13 octobre 2006
Amis de la poésie, bonjour.
Depuis que France Inter est devenue la radio la plus politiquement correcte du PAF, depuis qu’elle a trouvé comme seul sommet possible de l’impertinence Guy Carlier, qui vient de passer une saison chez Fogiel à cirer plus de pompes qu’il n’est humainement possible à un cireur de Bombay durant les dix ans passés alors que sa seule subsistance en dépend, et qui n’a d’autre source d’inspiration lorsqu’il décide de faire dans l’anticapitalisme que de cogner sur J-Marc Sylvestre, journaliste dans la même station que lui, et qui, malgrès un positionnement politique des plus irritant n’est quand même pas non plus ce qu’on a fait de plus intouchable… (quelle impertinence donc, d’aller fustiger le grand capital par l’intermédiaire d’un J-Marc Sylvestre qui ne peut même pas lui répondre !), depuis que la fréquence hertzienne de cette radio s’est donc confondue avec celle de RTL, la valise en moins, depuis cette consciencieuse préparation de la chaîne nationale à l’élection prochaine, pour être sûre d’être –quoi qu’il arrive – du bon côté du manche, depuis tout ça, donc, as tu remarqué comme la programmation musicale s’en est ressentie ?
Non, hein, t’es comme moi de toutes façons, ta radio est réglée
dessus par habitude, mais t’écoute plus. Et bien, laisse moi te
démontrer à quelle point ladite station tente quand même de nous faire
passer un vrai message humanitaire, social, politique, à travers sa
prog musicale. Si-si.
Je t’espique : t’as remarqué que tu ne peux ja-mais mettre en
route cette putain de radio sans entendre marmonner Vincent Delerm sur
une quelconque mélodie vaguement insulaire ? Bon.
Eh ben c’est pas ce que tu crois.
Moi aussi, figure-toi je me suis laissé aller à la répulsion
qu’induit immédiatement la première écoute de cet étron culturel. Moi
aussi, je m’ai dit à la première minute que c’était bien la peine de
s’être foutu de la gueule des 2be3 parce que leurs chansons étaient
idiotes si c’est pour en faire des largement aussi con, tout en ne
sachant ni danser, ni chanter, et tout en étant quand même nettement
moins sexy, hein, faut reconnaître que bon, entre Vincent et Philip,
y’en a un des deux tu lui demandes pas de chanter parce que... c’est
pas ce que tu lui demandes… et l’autre c’est juste parce que t’as pas
envie de l’entendre chanter.
Bref .
Tout ça donc, c’est de la médisance…
Jettons un coup d’œil plus attentionné à ce chef d’œuvre de littérature engagée qu’est :
SOUS LES AVALANCHES.
Sur
ta peau les bleus et les brûlures / Sur ton menton les trois points de
suture / La cicatrice en haut de ton bras /J’t’aimerais moins si tu les
avais pas. D’entrée
de jeu, j’ai envie d’dire, Vincent chapeau bas. Vincent n’y va pas par
quatre chemin, Vincent attaque, Vincent prend position. Oui, Vincent a
bien connu Marie Trintignant. Et oui, Vincent a été l’amant caché de
Marie pendant que celle-ci vivait sa passion avec le beau Bertrand. Du
coup Vincent décide aujourd’hui de briser le tabou, et ça, faire une
chanson sur la violence conjugale, quand on est un mec, ça c’est du
courage. (un peu comme Carlier, tiens.)
Sous
les avalanches, / T’es pas étanche / Dans cet igloo / Tu t’cognes
partout / T’as pas la dégaine / D’miss Aquitaine / T’as pas l’cerveau /
D’la dame avec un chapeau.
Seulement voilà, Vincent ne peux pas continuer de parler de Marie plus
longtemps, ça l’émeut trop. Alors, n’écoutant que son courage, il
décide de ne pas lâcher l’affaire et de parler d’une autre femme
maltraitée et de lui rendre hommage. Bon, sous les avalanches,
j’imagine que c’est à cause des coups, sinon, je vois pas le rapport.
Vincent reste énigmatique sur la personne à qui s’adresse réellement sa
chanson, mais on peut déjà identifier que ses références se situent
plus ou moins dans le monde des têtes couronnées, des responsables
politiques, peut-être, en tout cas, du gratin, puisqu’il indique tout
de suite son admiration pour Elisabeth II, souveraine du Royaume Uni, «
la dame avec un chapeau », on reconnaît bien là le côté très british de
Vincent et son profond respect pour « the lady ». Il indique aussi que
la scène ne se passe pas en Aquitaine, ce qui écarte plutôt les grosses
blondes laiteuses de normandie.
Tu
f’ras pas d’publicité shampoing / Pour trois millions parce que tu les
vaux bien voilà, c’est donc bien ce que je disais. / Tu s’ras pas
ambassadrice coco / D’un vieux parfum pour les futures vieilles peaux.
Et on retrouve Vincent le Rebelle, Vincent qu’a pas peur, Vincent tout
flamme, Vincent qui n’hésite pas à égratigner au passage l’image de
Chanel, dans une griffe réservée aux connaisseurs, puisque « Coco » est
bien davantage identifié dans le grand public comme le surnom donné à
Jospin par Fabius depuis la révélation de son passé trotskiste, que
comme le nom d’un des parfums le plus célèbre de chez Chanel. Enfin
bon, on est enculturé ou on l’est pas.
Mais
sous les avalanches, / T’es pas étanche / Sur cette banquise / Une tour
de pise / T’as pas l’ventre plat / D’miss Albigeois / T’as pas
l’cerveau / D’la dame avec un chapeau. A sa place, je
crois que j’aurai été tenté de faire rimer avalanches avec penche, du
fait de la proximité de la tour de pise, mais bon. Sans doute une
facilité que Vincent déjoue sans même y penser. Tu remarqueras au
passage, quand même, la délicatesse de Vincent pour souligner les
quelques disgrâces dans la silhouette de la dame en question.
L’enquête
progresse, on cherche donc une grosse plutôt brune, avec une jambe plus
courte que l’autre et plus conne que la reine d’Angleterre.
Poursuivons :
Il y aura encore deux trois arêtes / Des auto tamponneuses dans ta tête
Quelqu’un qui ne crache pas non plus sur la picole, apparemment. En
tout cas une habituée des lendemains difficiles. On pourra penser à
Véronique Sanson, mais Delerm est trop gentil pour tacler une femme qui
va mal à ce point. Et puis, il faudrait qu’il ait un minimum de goût
musical et d’oreille pour connaître Véronique Sanson, ce qui est – dieu
merci - absolument hors de question.
Des épines des ronces et des orties / Il y aura encore un peu la vie
Ah, là Vincent nous révèle une part intime de la personne mystère, un
peu de sa vie sexuelle en quelques sortes ; elle aime donc les
aventures rapides et sans lendemain au point de se rouler dans le
moindre bout de jardin dès qu’elle en a l’occasion. Soit cette femme
est poursuivie de paparazzi, soit elle ne doit absolument pas être vue
en compagnie de ses amants. Elle doit avoir un mari ou un papa
influent.
Sous les avalanches, / T’es pas étanche / Dans c’bac à glace / Tu cherches une place /
la chanson serait plus récente, je penserais à un hommage aux bébés de
Corée, surtout au troisième, qui a dû se tasser à mort dans le
congélateur pour trouver une place et puis finalement aller ailleurs.
Mais, d’abord ce serait d’un extrème mauvais gout, et ce n’est pas DU
TOUT le style de la maison, et puis la chanson était sortie bien avant,
alors ça vaut pas, et puis le petit Vincent est bien trop bien élevé
pour avoir quoi que ce soit à voir avec cette sordide affaire. T’as
pas trop les g’nous / De miss Anjou / T’as pas l’cerveau / D’la dame
avec un chapeau / T’as pas la dégaine / D’miss aquitaine / Pas l’ventre
plat / De miss Albigeois / T’as pas les fesses / D’miss Pays d’Bresse /
T’as pas l’cerveau / D’la dame avec un chapeau.
Nom de Dieu.
Cher lecteur, mon ami, mon frère, mon camarade, l’heure est
grave, accroche toi à ta chaise, éteins la lumière et serre les fesses.
Je viens de comprendre. Le message de Vincent est de la plus haute
importance. J’avais négligé un détail qui pourtant est là, tout au long
de ce magnifique texte digne d’un « J’accuse ». L’Anjou, l’Aquitaine,
L’Albigeois, Le Pays de Bresse, L’Angleterre, L’Italie, le Groenland,
même (quoi ?…ben si, les igloos !) Tout converge vers une seule et même
piste, et là c’est du lourd, c’est de l’info de chez Tintin Reporter,
et on dit merci Vincent. Regarde :
Une grosse moche, de guinguois, qui voyage beaucoup, plutot
brune, sexuellement un peu hyperactive, mais qui a quand même pas trop
la mégaclasse d’Elisabeth II et qui doit se planquer d'un mari violent et très en vue.
Oui.
Tu y es aussi.
C’est énorme :
Nicolas Sarkozy bat Cécilia. Il la cogne, mais Vincent (oublie ce que
je t’ai dit sur Marie Trintignant c’était des conneries) l’aime telle
qu’elle est. Il l’aime même avec les - et peut-être grâce aux-
traces de coups qu’elle porte.
Vincent fait d'une pierre deux coups (si je puis me faire mettre permettre) il dénonce la violence et revendique publiquement son orientation fétichiste.
Heureusement qu’il y a des artistes engagés comme lui, qui n’ont pas peur de parler.
Car la sexualité est le lieu premier des tentations normatives.
Et la violence conjugale tue, en France, 8 femmes par mois.
Merci Vincent.
22 octobre 2005
L’homme est un homme comme les autres….
Repas de midi dans un café branché. Gay-friendly. Tellement Gay friendly, qu'on pourrait même se demander si en fait il est pas café gay, hétéro-friendly. La table d'à côté. Un homme et une femme déjeunent en tête à tête. Je m'assois à leur droite avec une collègue de boulot.
La femme est une jolie jeune femme, brune, mat de peau, très propre sur elle, rien qui dépasse. Vêtements sombres, maquillage adéquat, juste une petite touche de féminité pomponnée, mais pas outrée. Lui, la trentaine un peu passée, chemise blanche dont le col est retenu par un petit pull noir à col rond. Il parle fort. Il a une grosse voix, a l'air de le savoir et d'asseoir ainsi une certaine forme de mâle autorité.
Leur conversation a la tournure d'une conversation d'embauche, ou d'une rencontre pour un stage. Le mâle étant l'embaucheur, la fille, la candidature.
Elle parle de féminisme.
Il s'intéresse.
Mieux. Il *connaît*.
Sa mère était féministe, alors... Tiens, c'est pas dur, un jour, même, elle avait pas fait la vaisselle. Le voilà parti, ce beau trentenaire lustré dans l'affirmation de sa pleine possession économique, intellectuelle, et dont on se doute qu'il aimerait bien continuer son auto-affirmation jusqu'entre les cuisses de la demoiselle, le voilà parti donc dans une looooongue argumentation sur le féminisme et ses bienfaits quant à la place qu'ont les femmes aujourd'hui dans notre société.
Je suis très mauvaise langue.
J'aurai pu me borner à constater qu'au moins il existait dans ce bas monde des hommes de plus en plus sensibles à la question de la place des femmes. De moins en moins toujours à sortir un couteau ou une grosse vanne bien lourde dès qu'ils entendent le mot « féminisme ».
Je suis très mauvaise langue.
Je me suis borner à constater qu'à partir du moment où Monsieur a commencé à parler (très fort) de féminisme, Mademoiselle n'a plus pu en placer une. Monsieur a bien affirmé à coup de "vous vous trompez"; "vous avez tord" et "sortez donc un peu de la fac" tout le bien qu'il pensait des pratiques de Mademoiselle.
Mais enfin bon, sur le fond, il était d'accord.
J'ai pas compris avec quoi, elle avait rien dit.